Le vice pyramidal

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Le vice pyramidal



 

Tout le monde le sait, les gens avides de richesses ou de pouvoir ont su récupérer les théories économiques à leurs fins. Ainsi, les théories d'Adam Smith ont légitimé, pendant trop longtemps, l'exploitation honteuse d'une classe de gens, qui, pareille au bétail, se voyait accorder un salaire tout juste suffisant pour retourner se faire fouetter le lendemain. Marx n'a pas su faire mieux. Ses idées furent employées pour fomenter une société qui deviendra totalitaire où même une critique qui se voulait constructive donnait droit à un aller simple pour visiter la merveilleuse vallée de la Lena, à 3000 km de Moscou.


Alors on s'évertua à trouver un genre d'équilibre entre ce qu'on avait arbitrairement appelé gauche et droite. Un homme d'une grande sagesse, Monsieur Keynes, allait se mériter un formidable prestige pour sa trouvaille du siècle: l'État et la gestion du crédit.


Il était tentant de croire en ces livres où l'on explique que l'État est l'agent économique qui doit parer aux manquements et aux inaptitudes de la main invisible du libéralisme. Le crédit devait atténuer les fluctuations cycliques de l'économie; on dépense à la création d'emplois en période de récession, on taxe en période de prospérité.


Avait-on oublié les vertus de la démocratie? Avait-on réalisé qu'il n'est pas évident pour un gouvernement qui veut se faire réélire de taxer, même en période de prospérité? Les économistes et les administrateurs du pouvoir ont tôt fait de le comprendre. Comme il leur était impossible de revenir en arrière, ils se sont vus dans l'obligation de taire leur savoir pour mieux endormir la population, jusqu'à la prochaine élection.


À compter de ce jour, les tenants du pouvoir? (enfin, ceux qui gèrent les deniers publics en fonction d'une hypothétique prospérité économique au pays)? sont devenus malhonnêtes, car ils ont consciemment hypothéqué l'avenir des générations À venir, dans le seul but de se faire réélire. Ils ont transformé le crédit de l'état en un odieux système d'investissement pyramidal et ils tentent, depuis ce jour, de nous endormir sur la nature de leur administration, peut-être pour éviter la Justice.


Vous connaissez ces systèmes (illégaux il va sans dire) d'investissements pyramidaux? Vous investissez 5000 $ et on vous en promet 20 000 $, bien entendu, è condition que vous trouviez d'autres investisseurs. Tout citoyen honnête, doué d'une certaine sensibilité è l'égard d'autrui, refuse naturellement de souscrire è ce système de vol è long terme, car il sait très bien qu'un jour ou l'autre, lorsqu'on ne trouvera plus d'investisseurs, la pyramide éclatera et les derniers è avoir investi vont devoir digérer la perte de leur investissement, qui n'aura servi qu'è enrichir ceux qui avaient investi avant eux. évidemment, les fondateurs de la pyramide rient depuis déjè longtemps, les poches pleines. Or, sachez que c'est è cette même fourberie que vous souscrivez è chaque fois que vous investissez dans ce que nos financiers nationaux osent encore appeler les Bons d'épargnes du Canada.


Avec une dette nationale qui dépasse les 500 milliards, on doit chaque année trouver plus de 30 milliards d'investissement pour assurer un revenu aux créanciers du pays. Dans dix ans, si le déficit annuel continue d'être à peu près égal à l'intérêt que nous devons verser annuellement, nous aurons une dette de plus de 900 milliards et nous devrons trouver annuellement près de 60 milliards pour payer les intérêts aux investisseurs et maintenir leurs confiance au système. À quand le jour où cette pyramide gigantesque s'écroulera?


Les malhonnêtes ont inventé toutes sortes de stratagèmes depuis le règne de Monsieur Trudeau pour masquer cette fourberie par laquelle ils ont pu se greyer de bons appuis Électoraux. On nous asperge de courbes métaphysiques où l'on met en valeur un ralentissement de l'accélération exponentielle (!) par laquelle s'élargit la pyramide des investisseurs. On pousse la plaisanterie de mauvais goût en établissant des rapports prometteurs entre le déficit et notre P.I.B. Finalement, pour retarder l'éclatement de cette grosse balloune, qui ne tient qu'au mince fil de notre confiance naïve en ce système, on nous projette les images d'une petite famille, préoccupée de son avenir financier, investissant dans ses obligations d'épargne... valorisant ainsi notre abrutissement collectif.


Remarquez qu'il n'y a pas de mal à être dépourvu de bon sens. Il apparaît parfois que c'est une condition essentielle pour notre bonheur collectif. Cet état d'esprit nous permet d'oublier que notre gouvernement dilapide nos épargnes pour engraisser les investisseurs japonais de plus en plus nombreux à participer à ce jeu d'investissements pyramidaux.


Le peuple s'est fait endormir et il dort toujours. On nous fait ingurgiter des barbituriques depuis trop longtemps. La vielle génération de politiciens réussit ainsi à se maintenir au pouvoir et à retarder le jour où la nouvelle génération condamnera leur crime. On pourrait bien me rétorquer que ce système d'investissement pyramidal n'est pas malhonnête puisque l'on a établi qu'un état ne peut faire faillite, et que par conséquent, aucun des honnêtes créanciers de notre beau pays ne pourra risquer de perdre son investissement. À ces individus, empreints d'un grand positivisme, j'offrirai un billet d'avion pour un séjour en enfer brésilien. Ils ont pourtant bien raison, les Américains et les Japonais ne feront effectivement jamais faire faillite à ce pauvre pays. Il se contenteront de se payer à même ses richesses naturelles, détruisant ainsi chaque année les alvéoles de notre poumon planétaire.


Peut-être nous sera-t-il impératif de décapiter ces fraudeurs (détenant toujours les postes importants du pouvoir politique), qui se sont mérités un capital de popularité auprès des électeurs aveugles et ce, aux dépens des générations à venir?


En tout cas, chers amis, si nous voulons éviter, dans le futur, de sombrer dans le barbarisme, il faudra faire preuve de beaucoup de contenance. Et d'ailleurs, je crains terriblement ce jour. Ce jour lorsque nous, les jeunes, prendront véritablement conscience que notre avenir a été hypocritement hypothéqué par toute une génération.


Aux économistes encore intègres, désireux de travailler à la réalisation d'une société plus juste, d'un nouveau pays plus libre où les générations à venir n'auront pas à se sentir handicapées par les erreurs passées, aux économistes ayant une vision à long terme, dépourvus des oeillères forgées par la démocratie, je leur demande de se manifester. S'ils dorment, qu'on les réveille, et vite. Car notre société en a grand besoin.


En attendant, je ragerai encore contre ceux qui m'ont mis une poche de sable sur le dos, et je prendrai pour bouc émissaire ceux qui, avec leurs théories économiques, n'ont pas su réagir contre nos administrateurs publics. Je demeurerais persuadé que, malheureusement, il est possible d'être économiste sans savoir décrier la malhonnêteté.

Yann Breault

 

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