Pourquoi nous sommes abusés par le... hasard
Pourquoi nous sommes abusés par le... hasard
Nassim Taleb, le « dissident de Wall Street », explique pourquoi nous sommes abusés par le... hasard
Le Libanais Nassim Taleb sest taillé une réputation sur les marchés financiers internationaux où il a été surnommé « le dissident de Wall Street » pour lapplication au monde de la finance de ses théories sur le risque.
Mathématicien, essayiste et investisseur, il a tenté dexpliquer à un public de banquiers et dopérateurs financiers « pourquoi nous sommes abusés par le hasard ». Mobilisant humour, études neurologiques et calculs de probabilité, Nassib Taleb explique que, « en examinant un échantillon de population assez large, il est pratiquement impossible de ne pas y trouver un Warren Buffet », en référence au richissime financier américain. Pour Nassim Taleb, dans des domaines où le hasard est une variable importante par opposition à certains secteurs dactivité, où le succès dépend très marginalement du hasard, comme pour les dentistes par exemple , les intervenants sont victimes du « préjugé du survivant ». Cest-à-dire quils ne voient que les gagnants qui, selon lui, sont le produit de la chance plutôt que de leurs talents, oubliant tous ceux qui ont perdu en jouant au même jeu. Les explications du succès sont toujours trouvées a posteriori, souligne-t-il, mais, en fait, le succès est le fruit du hasard dont lêtre humain, comme le pigeon (selon une expérience datant de 1948), est incapable daccepter lidée. « Si on demande à un ordinateur de composer un livre entier avec des un et des zéros et on demande le même travail à un être humain, la patte de celui-ci est immédiatement reconnaissable », explique Nassim Taleb. De fait, le livre écrit par un humain ne comportera par de schéma répétitif, car « lesprit humain ne peut imaginer quune composition aléatoire nait pas lair aléatoire. Or le vrai hasard produit des schémas répétitifs ». En appliquant cette observation aux marchés financiers, il souligne quune « bonne performance nest pas suivie dune bonne performance : on ne remarque que le moment où deux bonnes performances se suivent, oubliant les mauvaises qui ont succédé aux bonnes ». Plus un opérateur engrange des succès, plus sa confiance augmente, et plus il est enclin à prendre des risques. Or, à chaque fois, la probabilité déchec est toujours la même. « Contrairement aux météorologues, les analystes financiers et les économistes pensent quils en savent plus quils nen savent réellement. Ils ont tendance à sous-estimer largement leur marge derreur. Ce qui a conduit un prix Nobel à constater que les gens qui prennent des risques ne le font pas par courage, mais parce quils sous-estiment le risque encouru. » Pourquoi les opérateurs ont-ils tendance à sous-estimer le risque ? Nassim Taleb fait valoir des études neurologiques pour montrer que le cerveau humain na pas un fonctionnement homogène. Sa composante cognitive est récente dans lévolution de lespèce par rapport à la composante quil a en commun avec les animaux. « Le mécanisme par lequel lhomme évite le risque na rien de rationnel : nos gènes nous ont programmés pour fuir un tigre, pas pour pratiquer lintrospection » et réfléchir de façon rationnelle. Cest la raison pour laquelle même un mathématicien chevronné est plus enclin à participer à un jeu où il a 75 % de chances de gagner quau même jeu où on lui dit quil a 25 % de chances de perdre. La partie du cerveau quil mobilise pour résoudre ses équations nest pas la même quil utilise dans ses actions quotidiennes. Ainsi, un investisseur qui a lhabitude dengranger des succès oublie que le risque existe, il est comme un enfant qui ne comprend pas que le feu brûle avant davoir expérimenté la douleur de la flamme. « Si, pendant dix années de suite, un investisseur réalise de bonnes performances sur les marchés, cela nempêche pas que la onzième année, il puisse perdre. Il est impossible de prédire ce qui va se passer la onzième année en se fondant sur les dix précédentes. De même, en langage binaire, un zéro peut succéder à une suite de cent un, sans que cela nôte à la succession préalable de un son caractère aléatoire. » Appliquée aux marchés financiers, la théorie de Nassim Taleb la conduit à parier sur ce quil appelle « les vilains canards », à savoir les événements jugés improbables par la majorité des opérateurs dont il pense quils sous-estiment leur marge derreur. À la question de savoir si cette position la rendu riche, Nassim Taleb répond quil fait «des opérations financières pour samuser, par pour largent ». Il évite aussi de regarder les accumulations de pertes, car, se sachant humain, il risquerait de ne pas y voir uniquement le fruit du hasard.
Article de Sybille Rizk dans L'Orient-Le Jour
à l'occasion du Congrès Mondial de l'Association des Cambistes Internationaux à Beyrouth
Nassim Taleb, le « dissident de Wall Street », explique pourquoi nous sommes abusés par le... hasard
Le Libanais Nassim Taleb sest taillé une réputation sur les marchés financiers internationaux où il a été surnommé « le dissident de Wall Street » pour lapplication au monde de la finance de ses théories sur le risque.
Mathématicien, essayiste et investisseur, il a tenté dexpliquer à un public de banquiers et dopérateurs financiers « pourquoi nous sommes abusés par le hasard ». Mobilisant humour, études neurologiques et calculs de probabilité, Nassib Taleb explique que, « en examinant un échantillon de population assez large, il est pratiquement impossible de ne pas y trouver un Warren Buffet », en référence au richissime financier américain. Pour Nassim Taleb, dans des domaines où le hasard est une variable importante par opposition à certains secteurs dactivité, où le succès dépend très marginalement du hasard, comme pour les dentistes par exemple , les intervenants sont victimes du « préjugé du survivant ». Cest-à-dire quils ne voient que les gagnants qui, selon lui, sont le produit de la chance plutôt que de leurs talents, oubliant tous ceux qui ont perdu en jouant au même jeu. Les explications du succès sont toujours trouvées a posteriori, souligne-t-il, mais, en fait, le succès est le fruit du hasard dont lêtre humain, comme le pigeon (selon une expérience datant de 1948), est incapable daccepter lidée. « Si on demande à un ordinateur de composer un livre entier avec des un et des zéros et on demande le même travail à un être humain, la patte de celui-ci est immédiatement reconnaissable », explique Nassim Taleb. De fait, le livre écrit par un humain ne comportera par de schéma répétitif, car « lesprit humain ne peut imaginer quune composition aléatoire nait pas lair aléatoire. Or le vrai hasard produit des schémas répétitifs ». En appliquant cette observation aux marchés financiers, il souligne quune « bonne performance nest pas suivie dune bonne performance : on ne remarque que le moment où deux bonnes performances se suivent, oubliant les mauvaises qui ont succédé aux bonnes ». Plus un opérateur engrange des succès, plus sa confiance augmente, et plus il est enclin à prendre des risques. Or, à chaque fois, la probabilité déchec est toujours la même. « Contrairement aux météorologues, les analystes financiers et les économistes pensent quils en savent plus quils nen savent réellement. Ils ont tendance à sous-estimer largement leur marge derreur. Ce qui a conduit un prix Nobel à constater que les gens qui prennent des risques ne le font pas par courage, mais parce quils sous-estiment le risque encouru. » Pourquoi les opérateurs ont-ils tendance à sous-estimer le risque ? Nassim Taleb fait valoir des études neurologiques pour montrer que le cerveau humain na pas un fonctionnement homogène. Sa composante cognitive est récente dans lévolution de lespèce par rapport à la composante quil a en commun avec les animaux. « Le mécanisme par lequel lhomme évite le risque na rien de rationnel : nos gènes nous ont programmés pour fuir un tigre, pas pour pratiquer lintrospection » et réfléchir de façon rationnelle. Cest la raison pour laquelle même un mathématicien chevronné est plus enclin à participer à un jeu où il a 75 % de chances de gagner quau même jeu où on lui dit quil a 25 % de chances de perdre. La partie du cerveau quil mobilise pour résoudre ses équations nest pas la même quil utilise dans ses actions quotidiennes. Ainsi, un investisseur qui a lhabitude dengranger des succès oublie que le risque existe, il est comme un enfant qui ne comprend pas que le feu brûle avant davoir expérimenté la douleur de la flamme. « Si, pendant dix années de suite, un investisseur réalise de bonnes performances sur les marchés, cela nempêche pas que la onzième année, il puisse perdre. Il est impossible de prédire ce qui va se passer la onzième année en se fondant sur les dix précédentes. De même, en langage binaire, un zéro peut succéder à une suite de cent un, sans que cela nôte à la succession préalable de un son caractère aléatoire. » Appliquée aux marchés financiers, la théorie de Nassim Taleb la conduit à parier sur ce quil appelle « les vilains canards », à savoir les événements jugés improbables par la majorité des opérateurs dont il pense quils sous-estiment leur marge derreur. À la question de savoir si cette position la rendu riche, Nassim Taleb répond quil fait «des opérations financières pour samuser, par pour largent ». Il évite aussi de regarder les accumulations de pertes, car, se sachant humain, il risquerait de ne pas y voir uniquement le fruit du hasard.
Article de Sybille Rizk dans L'Orient-Le Jour
à l'occasion du Congrès Mondial de l'Association des Cambistes Internationaux à Beyrouth
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