Vers un armagédon économique ?

Publié le par JCV

Vers un armagédon économique ?

"Stephen Roach, économiste en chef pour Morgan Stanley, le géant de l'investissement bancaire, a la réputation d'un pessimiste.

Mais vous seriez surpris d'entendre ce qu'il dit en privé.

Roach a rencontré des groupes de dirigeants de fonds sélectionnés de New York la semaine passée, en ce compris un groupe du fonds géant Fidelity.

Voici ses prédictions: les USA n'ont pas plus de 10% de chances d'éviter un "armageddon" économique.

On n'a pas permis à la presse d'assister aux réunions. Mais le Boston Herald a obtenu une copie de l'allocution de Roach. Notre source, sidérée, qui assistait à l'un des meetings, a dit: "J'ai été frappé par son extrême pessimisme - bien plus marqué, à mon avis, que lorsqu'il parle en public."

Roach prévoit pour bientôt un ralentissement généralisé, qui a 30% de chances de se produire, mais il pense que nous avons 60% de chances "de ramer pendant un long moment et retarder l'éventuel armageddon."

Les chances de s'en sortir indemnes? 1 sur 10. Peut-être.

En quelques mots, Roach pense que le déficit commercial record de l'Amérique forcera le dollar à continuer de tomber. Pour que les étrangers continuent à acheter des T-bills et prévenir la hausse résultante de l'inflation, le Federal Reserve Chairman Alan Greenspan sera forcé de faire monter les taux d'intérêts plus haut et plus vite qu'il ne le désire.

Résultat: les consommateurs U.S., qui sont endettés jusque par-dessus leur tête, seront ruinés.

Plutôt que d'un "Armageddon", il s'agit, peut-être, d'une "Tempête Parfaite".

Roach a relevé des faits alarmants qui corroborent son argumentation.

Il a dit que pour financer son déficit courant avec le reste du monde, l'Amérique doit importer $2.6 milliards de cash. Chaque jour ouvrable. Ceci correspond à 80% de l'épargne du monde!

Est-ce soutenable? Difficilement.

Par ailleurs, il note que l'endettement familial est à des niveaux records. Il y a vingt ans, la dette totale des familles U.S. était égale à la moitié de la taille de l'économie. Aujourd'hui, elle est de 85%.

Près de la moitié des nouveaux emprunts immobiliers a été contractée sur base de taux d'intérêt flexibles, rendant les emprunteurs bien plus vulnérables à des hausses de taux. Les Américains dépensent déjà une portion record de leurs rentrées disponibles pour payer leurs emprunts. Et pourtant, les taux d'intérêt n'ont pas encore beaucoup monté.

Il n'est pas nécessaire de demander cela à un économiste de Wall Street pour le savoir. Il suffit de regarder les gens user et abuser de leurs cartes de crédit pour Noël.

L'analyse de Roach n'est pas totalement neuve. Mais des événements récents lui donnent encore plus d'impact.

Le dollar descend de plus en plus bas par rapport à d'autres monnaies, allant du yen à l'euro. Son parachute ne s'est pas ouvert ce weekend, lorsqu'une rencontre des principaux ministres des finances mondiaux n'a pas produit la moindre promesse d'intervention concertée.

Les analystes pensent généralement que le dollar tombera encore plus bas, spécialement face aux monnaies asiatiques. Le président de la Fed a émis des prévisons négatives sur le dollar et les taux d'intérêt vendredi passé.

Hier, Roach n'a pu être joint pour commenter ses paroles. Selon une source qui entendit son allocution, "une spectaculaire vague de faillites" est possible.

Les gens intelligents ("Smart people") de Wall Street sont d'accord avec l'essentiel de cette analyse. Il est indeniable que l'Amérique vit dans une "bulle de dettes" d'exceptionnelles proportions.

Mais ils pensent qu'un scénario alternatif peut se mettre en place. Greenspan pourrait délibérément permettre au dollar de végéter et à l'inflation de monter, diminuant la valeur des dettes des consommateurs présents en termes réels.

Une inflation de 7% par an coupe en deux la valeur "réelle" en 10 ans. Ceci pourrait être la seule issue restante pour sortir du piège.

Des taux d'intérêt plus élevés, ou une inflation plus forte: de quelque façon que ce soit, les plus grands perdants seront les prêteurs à taux fixes à long terme.

En effet, qui voudrait posséder des Treasury Bills à 30 ans, qui ne rapportent aujourd'hui que 4.83% ?
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