DEVISE UNIVERSELLE ET ACTIFS REELS
DEVISE UNIVERSELLE ET ACTIFS REELS
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Par John Myers (*)
La Bourse prospère grâce à des taux d'intérêt que nous n'avions plus vu depuis
le gouvernement Kennedy, et une croissance monétaire sans précédent depuis
Carter. Et contrairement à d'autres périodes, où les investisseurs accusaient
la Fed de "leur enlever le pain de la bouche" au moment même où l'économie
s'améliorait, cette fois-ci, la banque centrale rajoute de la confiture alors
que l'indigestion guette -- et quel que soit le niveau auquel le dollar chute.
La politique d'argent facile de la Fed semble ressusciter l'économie
américaine, tout en donnant aux investisseurs une assurance et un courage
dignes de ceux d'un pilote de chasse. Alors que les marchés retrouvent des
hauteurs stratosphériques, une question demeure : l'économie fournira-t-elle
assez de poussée pour empêcher les marchés de retomber sur le sol ?
La plupart des économistes pensent que oui. Ils pensent que nous sommes au bord
d'une croissance des gains de productivité qui absorbera l'excès de monnaie qui
inonde l'économie, éliminant ainsi le démon caché de Wall Street -- une future
inflation.
A Wall Street, un point de vue prévaut : à mesure que l'économie prendra de la
vitesse, la pléthore d'argent emprunté sera investie dans de nouveaux capitaux,
qui stimuleront la croissance et l'emploi. Une fois que cela se sera produit,
le Trésor américain pourra ralentir la planche à billets et, après quatre
années de baisse des taux, la Fed pourra finalement commencer à les augmenter.
Les haussiers pensent qu'une productivité en hausse et une amélioration des
profits immuniseront le marché boursier contre des taux d'intérêt plus hauts.
Tout cela semble parfait sur le papier -- mais je pense qu'il y a deux
obstacles.
Tout d'abord, l'argent facile a encouragé des consommateurs déjà surengagés à
s'endetter plus lourdement encore. Avec une telle quantité de dettes liées à
des taux variables, lorsque les taux d'intérêt grimperont -- ce qu'ils feront
inévitablement -- la consommation pourrait ralentir jusqu'à la
quasi-stagnation, tandis que les faillites pourraient grimper en flèche.
Ensuite, l'excès de dollars et les rendements limités sur les placements à
revenus fixes américains ont causé un exode hors du dollar. Ce phénomène est
visible dans la chute libre de la valeur du billet vert par rapport à l'euro.
Ces deux dernières années, le dollar a chuté d'environ 40% par rapport à la
devise européenne.
Mais le dollar a décliné par rapport à d'autres devises majeures également.
L'indice du dollar US, qui mesure la valeur de marché du dollar contre la
moyenne pondérée de six autres devises, est actuellement à 87... en baisse par
rapport à son plus haut de 120. Un support de long terme existe à 80, mais je
m'attends à ce que le dollar franchisse ce plancher à un moment ou à un autre
cette année. Si les investisseurs étrangers pensent la même chose, de plus en
plus de dollars seront convertis en autres devises... et en actifs réels.
La raison en est simple. Si les investisseurs deviennent baissiers sur le
billet vert, ils vendront des dollars. Mais aucune devise -- pas même l'euro --
n'est assez conséquente pour absorber l'énorme afflux de capital sans devenir
rapidement surévaluée. Cela ne laisse qu'un seul choix aux investisseurs -- les
actifs réels.
Le choix des actifs réels, c'est exactement ce qui s'est passé durant les
années 70. En 1974, mon frère Richard, qui est aujourd'hui avocat dans le
domaine du pétrole et du gaz, était l'assistant de l'ambassadeur du Canada en
Allemagne de l'Ouest. A l'époque, il me disait que des centaines
d'investisseurs ouest-allemands voulaient des renseignements sur les terres
agricoles canadiennes.
Ces investisseurs avaient-ils peur du genre d'inflation galopante qui avait
affligé leur pays dans les années 20 ? Absolument pas. Ils s'inquiétaient de ce
qu'ils devaient faire avec les actifs en dollars qu'ils avaient vendus. Ils
pensaient que les marks allemands et les francs suisses avaient absorbé trop
d'argent, et que les devises alternatives devenaient trop chères. Ils ont donc
commencé à acheter des actifs réels -- et parmi eux, des métaux précieux et des
terres agricoles vierges au Canada.
Cela s'est révélé être un investissement intelligent. Une portion de terrain
achetée dans le sud de l'Alberta en 1974 coûtait 600 dollars canadiens. En
1980, la même portion pouvait être vendue environ 1 200 dollars canadiens. Sur
la même période, les investisseurs allemands qui étaient restés dans les bons
du Trésor à trente ans avaient perdu plus de 40% de leur capital rapatrié.
Trente ans plus tard, le dollar est à nouveau confronté à un vote potentiel de
"non-confiance" de la part des citoyens du monde. Cela met la Fed sur le fil du
rasoir. Si le dollar s'affaiblit un peu, la Fed peut aider à soulager le
déficit commercial massif. Qu'il s'affaiblisse trop, et la Fed risque une
dévaluation majeure... une dévaluation qui a déjà commencé !
Je suis d'accord avec l'analyste Paul van Eden, qui déclare que le déclin du
dollar pourrait ne faire que commencer : "L'inflation du dollar, le
déboulonnage du miracle économique américain, l'arrogance de la politique
étrangère américaine et, peut-être plus important encore, l'impact très
dommageable que la Guerre contre le terrorisme ne manquera pas d'avoir sur la
liberté américaine -- sans parler de la mauvaise allocation des capitaux et
l'augmentation des dettes qui accompagnent la guerre -- sont autant de
garanties virtuelles que le dollar va perdre un peu de son statut de
super-héros."
Mais les gros investisseurs ne seront pas les seuls à transférer leurs billets
verts dans des actifs réels. Il y aura également des milliards de citoyens dans
les pays émergents, qui détiennent une grande partie de leur épargne en dollars
physiques.
Réfléchissez-y. Selon la Fed, il y a 665 milliards de dollars en circulation.
Aujourd'hui, on compte environ 285 millions d'Américains. Si les Américains
possédaient effectivement cette pile de dollars, chaque homme, femme et enfant
aurait 2 333 dollars en LIQUIDE au fond de son portefeuille, porte-monnaie et
bas de laine. Bien entendu, les banques et les magasins de détail ont une
partie de cet argent, mais vous voyez ce que je veux dire.
La vérité, c'est que le dollar est détenu par tous, partout. Les princes en
ont... les pauvres en ont... et les dictateurs aussi. Le dollar, c'est la
devise que tout le monde met de côté. Il existe un immense excès de dollars --
et il peut être converti en quelque chose d'autre sans autre forme de procès. A
mesure que le dollar s'affaiblira, les épargnants du monde choisiront de plus
en plus souvent de détenir leur épargne dans un autre type de devise.
Mais comme dans les années 70, ces autres devises ne suffiront pas à absorber
l'exode du dollar. Les actifs réels devront prendre le relais. C'est pourquoi
nous pensons que le marché haussier séculaire des actifs réels ne fait que
commencer... et à mesure que le dollar chute, ses perspectives vont en
s'améliorant.
Meilleures salutations,
John Myers
Pour la Chronique Agora
(*) Depuis qu'il a 20 ans, John Myers -- fils du grand investisseur aurifère C.
V. Myers -- aide ses lecteurs à engranger des bénéfices étonnants grâce à des
actions largement ignorées des soi-disant prodiges de Wall Street. Basé à
Calgary, John surveille de près le secteur des ressources naturelles -- y
compris le pétrole, le gaz, l'énergie et l'or.